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Gestion des ressources forestières pour le développement durable: Evaluation de l'expérience du Groupe de la Banque mondiale

Gestion des ressources forestières pour le développement durable: Evaluation de l'expérience du Groupe de la Banque mondiale

[English] Il y a dix ans, la Banque mondiale a modifié son approche dans le secteur forestier en mettant la réduction de la pauvreté et le développement économique au centre des ses priorités au même titre que la conservation. Il s’agit là d’une initiative audacieuse compte tenu des risques et compromis inhérents au maintien d’un équilibre adéquat entre ces trois objectifs. Dix ans après sa mise en œuvre, La SFI a évalué les progrès accomplis et les résultats de cette approche. L'évaluation comprend un examen de la stratégie du Groupe de la Banque et de l'ensemble du portefeuille d’environ 350 opérations au cours de la décennie passée. Des études de cas sur le terrain ont été menées au Brésil, au Chili, en Chine, en République démocratique du Congo, en Inde, en Indonésie, en République démocratique populaire lao, au Libéria, au Mexique, au Pérou, en Russie, au Sud-Soudan, en Uruguay ainsi qu’une étude théorique des petits états insulaires. De longues entrevues ont été réalisées par le biais de divers forums. Une revue de littérature a été effectuée afin de compléter les études théoriques et les études sur le terrain, y compris l’Evaluation forestière 2000 du Groupe Indépendant d’Evaluation et l’Evaluation à mi-parcours de la mise en œuvre réalisée par la Banque mondiale.

 

image Stratégie
L’Evaluation de l’IEG a conclu que la stratégie est toujours pertinente et conforme à la mission globale du Groupe de la Banque mondiale. Toutefois, la gestion des conflits et l’exploitation des synergies entre les trois objectifs: la réduction de la pauvreté, la conservation et le développement économique, s'est avérée difficile à mettre en œuvre, mis à part un plus grand succès sur le plan environnemental.

 

image Forêts et changement climatique
La Banque mondiale a joué un rôle majeur dans le dialogue sur le rôle des forêts, le changement climatique et le développement d'instruments de carbone forestier. Selon l’examen de l'IEG, le Fonds de Partenariat pour le Carbone Forestier géré par la Banque mondiale offre une plate-forme efficace et hautement inclusive pour définir les modalités de la REDD +. Mais, il a également suscité des attentes auprès des clients qui ne pourront être satisfaites que si les flux financiers suivent. L'IEG a souligné la nécessité d'un dialogue interne de haut niveau sur la façon dont la Banque intégrera les stratégies nationales REDD dans la planification globale de développement.

 

image Projets d'aires protégées
Les projets d'aires protégées - qui constituent un peu moins de la moitié (100 projets en nombre), du total du portefeuille forestier - ont largement réussi à mettre en place des zones de conservation importantes et à renforcer leur capacité de gestion. Au Brésil seulement, le Groupe de la Banque mondiale a aidé le gouvernement à mettre 24 millions d'hectares de terres forestières sous statut d’aires protégées. Toutefois, les compromis entre les objectifs de conservation et les objectifs de réduction de la pauvreté pourraient être mieux gérés en traitant ex-ante les revendications relatives à l’utilisation des ressources et des terres coutumières ainsi qu’en intégrant davantage les connaissances locales et les moyens de subsistance dans la conception du système (l’accès à l'eau, les droits de transit, la récolte, les protéines, le combustible et le fourrage et d'autres apports de ressources forestières essentielles à la sécurité des ménages). À ce jour, les efforts du Groupe de la Banque pour offrir aux populations locales des alternatives durables à la dégradation des forêts se sont souvent révélés inefficaces et non durables après la mise en place du projet (sur la base d'un examen des 32 projets qui ont été achevés au moment où l'étude a été réalisée).

 

image Paiements pour services environnementaux et gestion participative des forêts

Les systèmes de paiement pour services environnementaux (PSE) que la Banque mondiale a soutenus en Amérique latine sont à l'avant-garde des efforts visant à identifier et à attribuer une valeur monétaire aux services environnementaux des forêts. En outre, le programme biodiversité et produits agricoles de la SFI a aidé les agriculteurs à produire et à commercialiser de l'huile de palme et de l’huile de soja durables- même s’il a eu moins de succès dans la production de viande.

 

L'appui de la Banque à la gestion participative des forêts et aux régimes de sous-traitance en Inde a relativement bien réussi à établir un équilibre entre la réduction de la pauvreté et les objectifs environnementaux. En outre, les deux décennies de soutien durable à la gestion communautaire des forêts au Mexique ont contribué à développer des entreprises forestières communautaires qui créent des emplois et participent à la gestion durable des forêts. Les efforts de la Banque pour promouvoir la gestion participative des forêts en Inde, en Honduras, en Tanzanie et en Albanie ont également produit des résultats positifs au niveau environnemental et au niveau des moyens de subsistance.

 

Dans le même temps, le désintérêt continu à l’égard du secteur informel constitue une opportunité manquée d'atteindre plus de populations pauvres qui dépendent de la forêt pour leur survie, en même temps que la possibilité de promouvoir une gestion durable des espaces forestiers. Les réactions des parties prenantes au Brésil, au Mexique, au Pérou, en République démocratique populaire lao, ainsi que les entretiens avec le personnel de la SFI travaillant au Nicaragua, au Guatemala, en Bolivie et en Indonésie ont tous souligné la nécessité de résoudre les problèmes de réglementations inappropriées ou excessives des activités forestières à petite échelle afin de réduire la pauvreté dans le secteur.

 

image Soutien aux investissements du secteur privé

Les investissements de la SFI dans le secteur des produits forestiers ont aidé les entreprises à produire des produits à forte valeur ajoutée, à augmenter la productivité et la capacité de production et ont produit des taux de rendement relativement élevés. Même si la SFI a intensifié ses efforts pour soutenir la viabilité tout au long de la chaîne d'approvisionnement, les résultats indiquent des défis encore persistants dans la mise en place de la certification et de la traçabilité. Par ailleurs, les activités de la MIGA dans ce secteur sont relativement faibles et sont principalement axées sur le soutien aux opérations de déchiquetage. La MIGA doit également améliorer les rapports de ses clients en matière de traçabilité.

 

image Réformes des concessions forestières industrielles
L'IEG a également examiné le soutien de la Banque aux réformes des concessions forestières industrielles qui sont principalement mises en œuvre par le biais des opérations de politique de développement dans les forêts tropicales humides en Afrique Centrale et Occidentale et en Asie Orientale. S’appuyant sur un examen approfondi des projets, des visites de terrain et des entretiens avec les parties prenantes, des études de la Banque, des étude exhaustives de la documentation relative aux projets ainsi que sur des évaluations disponibles par des tiers, l'IEG a conclu que le soutien de la Banque mondiale à la réforme juridique et réglementaire des concessions forestières industrielles a amélioré la gouvernance forestière au niveau national, renforcé la transparence et la responsabilité, mis en place des normes environnementales et a permis d'augmenter les revenus du secteur formel. Toutefois, les mêmes données indiquent de sérieux problèmes au niveau de la mise en œuvre sur le terrain en ce qui concerne la gestion de ces concessions, à savoir si elles sont gérées d'une manière écologiquement durable ou si elles ont des effets positifs sur les moyens de subsistance à l’échelle locale. Ces préoccupations concernant des projets anterieurs effectués au Cambodge et en République démocratique du Congo (RDC) ont été signalées par le Panel d'inspection de la Banque mondiale. Plus récemment, des documents relatifs aux projets de la Banque mondiale ont fait état de certaines pratiques de gestion forestière non durables (au Cameroun) et ont aussi évoqué des défis en matière d’application des règlementations forestières (en RDC.) La seule évaluation de la pauvreté et de l’impact social, menée par la Banque mondiale et réalisée ex post sur les effets des réformes des concessions (Liberia), a révélé que l'insécurité alimentaire dans et autour du système de concession était tout aussi élevée qu’au moment de la mise en place des concessions. Par ailleurs, quand les rendements économiques des concessions - et la capacité de percevoir des impôts, sont surestimés (comme en RDC, au Libéria et au Ghana), les recettes ne peuvent pas être acheminés comme prévu afin de bénéficier aux communautés locales. Comme le souligne à juste titre la direction dans sa réponse, de plus en plus d'études tentent de mesurer la rentabilité et la viabilité des modèles de l'industrie forestière dans les forêts tropicales humides. La littérature souligne les mêmes difficultés de mise en œuvre, que celles indiquées dans le rapport de l'IEG, en ce qui concerne la rentabilité, la durabilité environnementale, la certification et la réduction de la pauvreté (redistribution des revenus). Il est important de noter que ce rapport est relativement récent et mérite donc la réflexion.

 

C'est pourquoi l'IEG a recommandé que la Direction de la Banque entreprenne et communique un examen complet des résultats économiques, environnementaux et sociaux associés à l'appui de la Banque mondiale aux réformes de concessions forestières dans les pays forestiers tropicaux humides à faible gouvernance, y compris une analyse des résultats qui pourraient être réalisés dans le cadre des systèmes alternatifs de gestion forestière. Bien que ces opérations soient relativement peu nombreuses, leur mise en œuvre déterminera le sort de millions d'hectares de forêts tropicales humides vierges qui abritent une biodiversité irremplaçable ainsi que des millions de personnes tributaires des ressources forestières, et qui fournissent des services environnementaux essentiels. En tant que principal bailleur de fonds international pour les forêts, le Groupe de la Banque mondiale doit déterminer si les systèmes de gestion forestière qu'il a aidé à mettre en place répondent aux attentes.

Dans son rapport au Conseil d'Administration de la Banque, le Comité pour l'efficacité du développement a souligné que les interventions futures du Groupe de la Banque mondiale doivent inclure des évaluations rigoureuses des impacts prévus sur les plans économique, environnemental, social et sur la pauvreté afin d'améliorer la mise en œuvre de la réforme des concessions forestières dans les environnements difficiles. L’IEG entend poursuivre un engagement constructif avec toutes les parties prenantes concernées par la gestion durable des forêts.